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Récits

Une place pour chacun à la Philharmonie

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Récits

Une place pour chacun à la Philharmonie

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La Philharmonie s’est donnée pour mission de rendre la musique classique ludique et accessible à un public de tous âges et de tous horizons. Pourtant, beaucoup la voient encore comme une musique vieillotte et dépassée. En donnant à ses vidéos sur les réseaux sociaux une dose de décontraction, de personnalité et de pédagogie, en proposant des concerts de découverte, un joyeux mélange de genres et des activités familiales, la Philharmonie «fait tomber les barrières une à une», explique Aliki Zachariadis, Head of the Marketing & Digital Division.

Toute belle réinvention commence par un regard bien en face dans le miroir. En 2022, la Philharmonie s’est demandé pourquoi certaines personnes ne franchissaient jamais la porte des salles de concert classiques. Le verdict: un gros problème d’image. Des mots comme «ennuyeux» et «élitiste» lui collaient à la peau. L’équipe marketing a retourné la situation: elle a récupéré ces mots-là, les a imprimés en grand sur des affiches bien colorées et les a placardées autour des arrêts de bus… pour prouver tout le contraire. La réaction ne s’est pas fait attendre: «La Philharmonie a de l’humour!» Et les résultats? Bluffants. Depuis ce coup d’éclat, l’âge moyen du public est passé de 70 à environ 42 ans.

Mais des affiches accrocheuses, ça ne suffit pas, pas vrai? Piquer la curiosité des gens, c’est une chose; leur donner envie de se sentir vraiment à l’aise dans une salle de concert classique et d’y revenir, c’en est une autre. Que se passe-t-il quand une personne pousse la porte pour la première fois, sans savoir à quoi s’attendre, comment s’habiller ni quand applaudir? La Philharmonie ne s’est donc pas arrêtée aux arrêts de bus. En donnant à chacun et chacune les clés pour apprivoiser la musique classique – soirées découverte, ateliers décontractés, vidéos courtes sur les réseaux sociaux –, elle fait tomber les barrières et se rapproche de son public, explique Aliki Zachariadis. «Tout le monde est le bienvenu.»

Créer du lien avec les jeunes sur les réseaux

Les réseaux sociaux sont au cœur de la stratégie de la Philharmonie pour aller chercher de nouveaux publics. Pour Jeff Schiltz, Senior Manager Social & Digital Media, ces plateformes sont «comme une carte de visite» pour l’institution. «On ne se contente pas de présenter les concerts et la diversité de notre programmation: on veut aussi montrer ce que le public ne voit jamais – les coulisses, le montage d’un décor, la façon dont chaque service fonctionne. Il y a mille étapes avant qu’un concert puisse voir le jour.» Et à en croire les réactions, ça passionne vraiment les gens! La série de vidéos Presto lance des questions express aux solistes et aux cheffes et chefs d’orchestre, tandis qu’On That Note invite un membre de l’équipe à décortiquer une œuvre et son contexte, le tout assorti de mèmes bien sentis. C’est drôle, c’est incarné, et en prime on apprend des choses. L’équipe répond aussi aux questions que tout le monde se pose tout bas: mais pourquoi serre-t-on toujours la main du premier violon? Elle publie une annonce pour dénicher la nouvelle «work bestie» de l’équipe en coulisses, ou montre comment manier l’énorme marteau dans une symphonie de Mahler – sans oublier des contenus plus pointus pour le public le plus connaisseur. Sa vidéo Instagram la plus vue – ce fameux coup de marteau tonitruant chez Mahler – a dépassé les 4 millions de vues. Et plus récemment, la toile s’est emballée pour un moment viral totalement inattendu: une vue d’ensemble sur une répétition du Sacre du printemps de Stravinsky, montée au millimètre avec des transitions nettes et très rythmées.

D’après Jeff Schiltz, l’état d’esprit des artistes change lui aussi. À mesure que de plus en plus réalisent le potentiel des réseaux et du storytelling en ligne, le contenu que l’on crée ensemble titille leur curiosité et leur donne envie, à leur tour, de jouer le jeu pendant leur passage à la Philharmonie. Un compte Instagram rien que pour l’orchestre a d’ailleurs vu le jour récemment: on y partage les coulisses des répétitions et des tournées, mais aussi les portraits des personnalités qui font l’orchestre. L’arrivée de Martin Rajna à la direction musicale – jeune, dynamique, déjà sur toutes les lèvres – a insufflé un sacré vent de fraîcheur. Et pour toutes les personnes qui ont déjà hésité sur le pas de la porte, à se demander si elles étaient habillées comme il faut, une vidéo avec l'influenceuse mode Melody Funck balaie les derniers doutes. «Venez comme vous êtes.»

Vivre avec son temps

Le changement d’image en 2022 s’est accompagné d’une nouvelle identité visuelle et d’un site internet entièrement repensé. «Il faut savoir vivre avec son temps, parce que tout va très vite», explique Aliki Zachariadis. Cette année-là a aussi vu naître le magazine digital La Colonne– oui, celui-là même que vous êtes en train de lire –, un espace pour creuser la programmation, découvrir les artistes et suivre les événements à venir. Et pour tout réunir au même endroit, une nouvelle appli rassemble désormais le programme complet de la saison, les billets numériques et des recommandations de concerts sur mesure. Un sacré bond en avant, quand on sait qu’il y a quelques années à peine, l’équipe billetterie se trimballait encore des classeurs bourrés de réservations papier.

L’esprit joueur de la Philharmonie ne s’arrête pas à l’écran. Pour annoncer la nouvelle saison, placée sous le thème «Un tourbillon d’émotions», l’orchestre a posé à la Schueberfouer, la célèbre fête foraine luxembourgeoise qui existe depuis 1340, pour réaliser ses photos de saison. Feuilletez la brochure de la nouvelle saison et vous les trouverez en train de grignoter des churros, de se rentrer dedans en autos tamponneuses et de lever les bras au ciel sur les montagnes russes… le tout en tenue de concert officielle. L’image colle parfaitement à l’émotion: un concert, ça peut être un vrai grand huit pour le cœur!

Bien plus que de la musique classique

Qui n’a jamais mis les pieds à la Philharmonie pourrait bien tomber des nues en découvrant qu’une grande partie de sa programmation n’a rien de classique. Vu l’importante communauté lusophone du Luxembourg, il était essentiel pour l’institution de bâtir une saison qui rende hommage à cette culture et à ce patrimoine. Résultat: le festival atlântico, en octobre, qui plonge en plein cœur de la musique lusophone – les sonorités du Portugal, du Brésil, du Cap-Vert et d’ailleurs –, entre mélancolie, rythme et cette nostalgie que l’on appelle en portugais saudade. «La plupart de ces concerts s’intègrent dans les cycles habituels, ce qui permet à des publics de tous horizons de se croiser et d’échanger», explique Francisco Sassetti, Senior Manager Artistic Planning. C’est ce que la musique fait de mieux: réunir des gens de cultures différentes.

L’an dernier, la Philharmonie présentait Echoes of India; cette année, elle met à l’honneur les rythmes des montagnes de l’Atlas et des pays voisins (Maroc, Algérie, Tunisie). Bref, un tour du monde sans même quitter la salle.

La Philharmonie n’est pas un opéra, mais c’est tellement plus amusant d’y glisser une mise en scène et des accessoires pour proposer autre chose. Pour l’Histoire du soldat d’Igor Stravinsky, par exemple, ce sera une production de théâtre de grandes marionnettes, signée par feu Georg Baselitz et le Salzburger Marionettentheater. Les fans de jazz ne seront pas en reste: quelques-uns des plus grands noms du genre débarquent au Luxembourg – dont le Jazz at Lincoln Center Orchestra et esperanza spalding –, sans oublier le jazz d’impro libre de la série Jazz Currents. Et pour les cinéphiles, l’orchestre jouera en direct les bandes originales de films cultes comme Interstellar et Maman, j’ai raté l’avion!. Comme au cinéma, mais avec un orchestre au grand complet: encore mieux! Et si vous êtes d’humeur festive, ne loupez pas la traditionnelle End-of-Season Party, où des artistes de musique électronique transforment le Foyer en boîte de nuit jusqu’au petit matin.

Prendre goût à la musique dès le plus jeune âge

Avec un nombre croissant de familles au Luxembourg et l’envie de les rapprocher de la culture dès leur plus jeune âge, la Philharmonie continue d’étoffer son programme familial. Parmi les rendez-vous à ne rater sous aucun prétexte cet automne: le Familljefestival «Halloween», qui prend ses quartiers pendant tout un week-end avec des ateliers participatifs gratuits dans le Foyer, en plus des concerts en salle. Aliki Zachariadis y emmène ses propres enfants: «On peut se faire maquiller, manipuler et jouer des instruments, papoter avec les musiciens et musiciennes», raconte-t-elle. «C’est une excellente façon de s’initier à la pratique musicale. Un week-end très chouette ouvert à tout le monde, pour toutes les générations.» Les éditions précédentes proposaient un grand mur de coloriage pour les enfants, et le programme jeune public a lui-même fait peau neuve: d’un simple dépliant, il est devenu une affiche illustrée avec de quoi colorier. Même le logo du programme s’inspire du dessin d’une petite fille – celle d’un membre de l’équipe.

Le lien avec le jeune public va bien au-delà des festivals. Des classes entières viennent régulièrement aux concerts du vendredi et du lundi, et il arrive que les artistes leur rendent la politesse en poussant la porte des écoles. L’initiative nationale Lëtz sang! invite les élèves du primaire et leurs équipes enseignantes à vivre une aventure musicale commune: découvrir leur voix, s’exprimer et, au bout du chemin, monter ensemble sur la scène de la Philharmonie pour un concert de clôture. Quant aux ados – le public le plus difficile à séduire, puisqu’à un certain âge, fini de compter sur les parents pour acheter les billets –, ils peuvent par exemple rejoindre l’atelier Join a Band.

«Faire tomber les barrières une à une»

Mais par où commencer si vous n’avez jamais mis les pieds à la Philharmonie et que la programmation vous donne un peu le vertige? Une Discovery Night, c’est le point de départ idéal: au menu, une visite guidée des lieux, un concert en direct et un verre. L’ambiance est détendue, accessible et accueillante, pensée pour faire fondre en douceur les dernières appréhensions. Le programme de la soirée a lui aussi été repensé, avec une double page baptisée «Centre Pages»: une bio des artistes derrière la composition, des textes qui éclairent les grands thèmes de l’œuvre, et les moments à ne pas manquer comme un solo ou un motif musical bien particulier. Et n’hésitez pas à jeter un œil à la page «Premiers pas» sur notre site, qui répond à toutes les questions qu’on se pose avant un premier concert. Enfin, pour les jeunes adultes qui viennent de s’installer au Luxembourg pour un premier emploi, il y a Phil30: accessible à toute personne de moins de 30 ans, ce programme brade les billets restants à seulement 10 € la veille d’un concert. Vous imaginez, s’offrir un spectacle de niveau international un lundi soir pour moins que le prix d’un ciné? Et c’est facile à combiner avec un bon repas ou un verre avant ou après la représentation – avec encore plus de choix dès l’ouverture de notre nouveau restaurant, dans la toute nouvelle extension du bâtiment.

Pouvoir proposer une programmation aussi riche à un public aussi varié, c’est un vrai bonheur. «Il y en a pour tous les goûts», lancent Aliki et Jeff d’une même voix. En ajoutant cette touche humaine – en montrant les gens qui s’activent en coulisses, en réalisant des vidéos décalées sur des œuvres classiques et en captant la véritable effervescence qui règne au quotidien dans le bâtiment –, la Philharmonie s’est forgé une personnalité bien à elle. Écouter un orchestre en direct, explique Jeff Schiltz, c’est comme observer «un organisme vivant». Franchir cette porte, c’est une expérience qu’aucun algorithme ne pourra jamais égaler. «C’est un peu comme si vous teniez la baguette face à l’orchestre: à un instant vous suivez les cordes, puis les percussions happent votre attention, avant que le hautbois ne vienne vous cueillir l’oreille. Une centaine d’interprètes qui jouent rien que pour vous. Rien ne vaut un concert d’orchestre.»

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