Vu de l’intérieur
Trésors
Dernières nouvelles de la salle des archives
Vu de l’intérieur
Trésors
Dernières nouvelles de la salle des archives
«Trésors» est la rubrique qui part dénicher l’étrange, l’insolite et – bien souvent – le magnifique au cœur des archives de la Philharmonie. Dans ce numéro de La Colonne, on vous présente un petit piano jouet qui a eu droit à ses heures de gloire sur scène. Quelle est son histoire?
Si vous flânez dans les allées des archives de la Philharmonie, entre les rangées de cartons débordant de programmes de soirée vieux de plusieurs décennies et de classeurs de documents, vous tomberez nez à nez avec un piano jouet. D’un blanc éclatant, frappé du logo Schoenhut 1872 et assorti d’un tabouret en bois un brin abîmé, cet instrument miniature ne couvre que deux octaves et produit un adorable son légèrement cliquetant et tintinnabulant. Il est accordé. Il fonctionne.
Mais une question vous brûle sans doute les lèvres: au milieu des pianos Steinway, des violons Stradivarius et des clarinettes Selmer qui enchantent nos scènes, qu’est-ce qu’il vient donc faire ici, ce petit instrument?
Laissez-vous happer par son histoire. En 2012, la Philharmonie accueille un extraordinaire sommet mondial du piano jouet, qui présente la collection de l’artiste Paweł Romańczuk, installé à Wrocław. Sa fascination pour les petits instruments l’a poussé à réunir plus de 180 pianos jouets venus du monde entier, et même à ouvrir une galerie qui leur est entièrement dédiée, la Toy Piano Gallery. Ce sommet s’inscrivait dans le cadre du festival rainy days, le rendez-vous annuel que la Philharmonie consacre à la musique contemporaine et expérimentale.
Sept ans plus tard, notre petit piano tient un rôle central dans une autre édition de rainy days. En 2019, le thème est «less is more» – une invitation à en faire moins pour aller vers quelque chose de plus grand.


Le piano jouet figurait au programme d’un concert intitulé Wunderkammer, ou «cabinet de curiosités», où les artistes Pascal Meyer et Xenia Pestova Bennett ont interprété des morceaux sur deux pianos jouets. Ici, l’instrument devient une contrainte inspirante: minuscule, doté de bien moins de touches, son ambitus est forcément limité.
Hilda Paredes a écrit sa pièce rainy days tout spécialement pour ce concert – une sorte de jeu «qui peut se jouer les jours de pluie, ou les jours de soleil pour se souvenir de la pluie». Une autre œuvre, signée Nina C. Young, convoquait non seulement deux pianos jouets, mais aussi une paire de sonnettes de comptoir, celles qu’on tapote pour héler la réception d’un hôtel. Et puis il y a la Suite for Toy Piano de John Cage, l’une de ses compositions les plus ludiques – et peut-être un brin ironique, puisqu’elle réclame des nuances que ce genre de petit piano ne pourra jamais tout à fait rendre.
Reste, à propos de ce piano jouet, un mystère entier: comment ce petit tabouret a-t-il bien pu finir fendu? Les interprètes avaient pris place sur ce sièges fragile, dont les pieds de bois tremblaient pendant que leurs doigts martelaient les touches. On aurait très bien pu poser le piano sur une table et s’asseoir sur une chaise normale. Mais c’était lever une partie des contraintes. Et donc gâcher tout le plaisir.
Cette année, le festival rainy days revient avec le thème «Heat!». La directrice artistique Catherine Kontz propose un programme varié, centré sur la chaleur et l’énergie: de l’ambiance estivale aux rituels du sauna, en passant par de vrais sujets «brûlants». Au plaisir de vous y retrouver!





